Alien Covenant : Créationnisme en Science Fiction


Si la saga Alien ne représente à mes yeux qu’une très bonne saga de science fiction horrifique avec de hauts – parfois très hauts – et des bas – parfois Alien Versus Predator – dans la culture populaire (si ce mot veut encore dire quelque chose), cette saga est tout en haut du panthéon des meilleures sagas de SF que vous puissiez trouver.

Voilà un starter pack d’avis basiques pour briller en société pour parler d’Alien :

  • Alien 1, ohlala, mon préféré, la mise en scène, le mystère, la tension… Vraiment du Ridley Scott dans sa meilleure époque, J’ADORE.
  • Aliens, ah bah c’est excellent, James Cameron, quel homme ! Ça fait moins peur mais le film est haletant, les personnages sont iconiques, mon PRÉFÉRÉ.
  • Alien 3, quelle catastrophe, quel dommage pour Fincher, copié-collé du premier, vraiment moyen !
  • Alien Resurrection, Jean-Pierre Jeunet n’a pas sa place dans la saga, c’est plus de la parodie.
  • Alien VS Predator : Non. Non non non.
  • Alien VS Predator Requiem : Y a eu un 2 ? Misère…
  • Prometheus : …

Ah. C’est là où ça coince. Prometheus a été pour la science fiction à la fois un des plus gros pétard mouillé et le renouveau de la saga au cinéma. Cependant, il est évident que le film a clairement reçu plus d’avis négatifs lors de sa sortie, spécialement chez le public de la première heure.

Quant à moi, mon avis sur la saga Alien est assez pluriel. Alien et Aliens sont à mes yeux de superbes films et des sources d’influences assez intemporelles (le travail de Giger, la musique planante). Je garde une certaine affection pour Alien 3 que je trouve injustement décrié la plupart du temps. Alien Resurrection dénote, c’est certain, mais le visuel du film est très inspirant. Alien VS Predator est assez mauvais et Requiem d’un mou ectoplasmique. Cependant Prometheus est à mes yeux une hérésie pure et simple en terme d’univers, une dimension qui, vous le savez, m’est chère. Au-delà de ça, Prometheus est un mauvais film car cumulant incohérence d’univers, mais également incohérence dans son propre récit.

Et c’est dans ce contexte que sort Alien Covenant. Dire que je n’attendais rien de ce film est faux. Car en réalité je ne savais même pas qu’il s’agissait de la suite du dit Prometheus. C’est donc vierge de tout apriori que je me suis installé dans la salle et que le film s’est projeté sous mes yeux.



ALIEN COVENANT
Ridley Scott (2017)


Avis : 3/10


Première phrase lâché hors de la salle :
« Eh bé. J’ai l’impression d’avoir vu le scénar’ d’Alien 1 avec tout ce qu’il y a de merdique dans Prometheus. »



Le cas d’Alien Covenant est très particulier dans la mesure où il est une pâle copie. Au-delà de ça, ce film réussit l’exploit d’être une triple copie.

Tout d’abord, il s’agit d’une copie conforme d’Alien 1. Le film s’inscit typiquement dans la droite lignée de Star Wars : The Force Awaken ou Jurassic World : par peur de faire une suite ambitieuse (au risque d’être ratée) à une saga iconique, le film se retrouve être un plagiat inavoué de l’original. Réfléchir à la structure-même du film est probant : un équipage voyageant d’une planète à l’autre et faisant escale sur un monde ayant envoyé un signal de détresse, faisant entrer l’alien dans le vaisseau. 



Ensuite, Covenant se révèle être une copie d’une certaine manière de faire du cinéma. Mélangeant le format peu conventionnel en quatre actes d’Alien à des montées de tensions très aléatoires, le rythme du film devient bâtard et les longueurs omniprésentes. Cette contraction temporelle lors des scènes d’action et d’horreur mêlée à une dilatation extrême entre ces phases afin d’enrichir le background des personnages se révèle en réalité vain : le spectateur ne capte pas toutes les informations des phases d’action, trop riches, et trépigne lorsque Ridley Scott tente de créer de l’empathie pour des personnages assez archétypaux.


Le film tente également de faire des parallèles avec le premier film Alien avec, notamment une reproduction du refus de Ripley de laisser rentrer l’infecté dans le vaisseau pour des raisons évidentes de confinement. Cependant, ici, l’infecté (l’étant par inconscience scientifique) a bien traversé l’entièreté du vaisseau, a été manipulé sans gants et répandu son sang partout avant d’être ENFIN confiné. Les incohérences scientifiques sont intolérables lorsqu’elles font passer les personnages principaux pour des incompétents.

Je n’ai que peu apprécié Alien Covenant. Ce film représente les différents éléments avec lesquels j’ai de plus en plus de mal dans le cinéma de science fiction : une incohérence formelle sur différents aspects. Le film se tire une balle dans le pied avec la seule compétence de leur équipage (ne pas porter de casque sur une planète inconnue, ne pas avoir testé l’atmosphère, ne pas mettre en quarantaine les malades). L’incohérence s’ancre également dans le contexte de la fiction : comment un petit capteur dans un casque d’astronaute capte-t-il mieux un signal spatial que les immenses communicateurs du vaisseau-colonie ?

Niveau réalisation, Ridley Scott sait injecter la dimension grandiose de son sous-texte et inscrit son film dans une Dark SF relativement oppressante et la splendeur de certaines images est bel et bien présente. La musique aidant, ces différentes qualités auraient pu être d’autant plus impressionnante si le spectateur ne se posait pas sans cesse des questions. Le film rate l’iconisation de l’Alien étant banal, non redéfini et même altérée puisque son origine est révélée. Et je ne parle même pas de la scène de naissance du Chestbuster, qui, dans un souci de sens global donné au film (le discours sur la création), rend le monstre très grossier.

Il y aurait beaucoup de choses à dire, la ficelle très visible des deux androïdes identiques en apparence, le twist final ou les nouvelles créatures peu marquantes. Je vous déconseille le visionnage de ce film en salle pour ma part, il ne m’a apporté ni frisson, ni adrénaline, seulement un goût amer, celui survenant lorsque l’on prend conscience d’une triste normalité, ici celle du conformisme du remake et de l’altération d’une licence iconique.






Bien que le nouveau film de Ridley Scott ne m’ait que très peu convaincu, forcé de constater qu’il est monstrueusement riche en thématique. J’aurais pu utiliser ici Alien Covenant pour parler de cohérence en Science Fiction, de l’iconisation de l’extraterrestre ou encore l’horreur organique des designs. Or, je souhaitais vous parler du fond, et non pas de la forme, en soulignant le sous-texte injecté par Ridley Scott dans ses nouveaux opus de la saga Alien : la dimension créationniste de son récit. Ici, il n’est pas question de juger la pertinence de cet apport à la saga (que je trouve dommage dans la mesure où la thématique du viol se suffisait à elle-même, selon moi) mais bel et bien de décortiquer comment, dans une œuvre de science fiction, cette dimension apparaît.



I - De Dieu à l’homme

Alien Covenant ne laisse que peu de place à la relation entre le démiurge et les mortels. Il faudra se tourner vers l’apport de Prometheus sur ce sujet afin de mieux cerner la volonté de Scott. Ce lien entre le Créateur et ses créatures est présent dans les histoires depuis la Grèce antique et les multiples mythes mettant en scène Mortels et Immortels. Dans les nouveaux films de science fiction de Ridley Scott, le démiurge est représenté par la civilisation des Ingénieurs, une race ayant créé, comme Dieu, l’homme à son image. Cela a pour but de ramener l’homme à une position d’infériorité, étant de pâles copies imparfaites d’une civilisation supérieure. La science fiction est un terreau fertile afin de vanter les qualités humaines : sa soif d’exploration, son talent en ingénierie ou encore sa capacité innée à communiquer avec tout environnement.

La présence d’une civilisation supérieure et créatrice est très signifiante : cela ramène l’homme à une expérimentation, un produit mal conçu rencontrant donc une version finie et parfaite de lui-même. Utiliser cette ficelle est un moyen extrêmement efficace dans une fiction afin de procurer un vertige et remettre grandement en question toute la physique d’un univers. Pour ma part, je conseille d’utiliser cette ficelle en twist, comme dans le film assez imparfait mais réussi sur cet aspect Mission to Mars de Bryan De Palma.


II - De l’homme à la machine


Là où l’Homme peut s’affirmer en tant que Dieu, c’est à travers la création et l’imagination. C’est sans doute pour cela qui plaît tant dans le processus d’écriture d’une histoire. Au-delà, c’est dans la confection de machine que ce dernier sait apaiser ce désir de créer. Toutes les histoires d’Intelligence Artificielle le montrent fort bien. Dans le nouveau film de Ridley Scott, Walter, un androïde serviable, représente au mieux cette relation entre homme et machine. L’homme parvient ici à créer un autre individu, certes, mais utilise son imperfection afin de le soumettre à sa volonté.

La soumission de la machine à l’homme, orchestrée par l’homme lui-même, est un sous-texte à la fois très répandu et très efficace car interroge sur de nombreuses questions existentielles très difficiles à résumer ici. Je vous conseille de vous pencher sur les récits philosophiques, si vous en avez le courage, à propos de cette relation entre homme et machine. Si cela peut être rebutant, sachez qu’il s’agit d’un des piliers principaux à maîtriser afin de parler de science fiction.


III - De la machine à Dieu

David est sans conteste le personnage principal de Ridley Scott à défaut d’être celui de Prometheus ou d’Alien Covenant. Cet androïde représente une troisième dimension très importante de sa saga de film car fait le lien entre les deux bouts de la pyramide de la création. David, créé par l’homme, est fasciné par les créateurs de ses créateurs et sa rencontre avec eux est à elle seule une source de questionnements propre à la science fiction.
Faire ainsi rencontrer des créateurs et des créatures permet de livrer facilement un sous-texte car la réaction des deux acteurs de la hiérarchie des créations façonne un formidable terreau à significations et thématiques en tout genre.




En conclusion, vous avez ici toutes les clés en main afin de parler de création dans votre œuvre de science fiction : élaborer la hiérarchie créateur / créature, créer un sous-texte et l’inclure à travers la rencontre entre les différents acteurs de cette hiérarchie. Parler de création dans une œuvre est primordial car cela révèle votre lien à votre art et plus encore. De plus, décortiquer cette relation à travers les œuvres d’artistes de SF permet de mieux cerner leur vision du monde et leur vision de leur œuvre.

Commentaires

  1. J'aimerais revenir sur un point qui certes ne concerne absolumment pas l'analyse mais qui m'intéresse au point de le réécrire ( premier commentaire non envoyé ) à 1h30 sur portable .
    En effet , pour moi ALIEN 3 n'a rien à voir avec le premier , sa réalisation est totalement différente , originale, le scénario en est plus éloigné que celui d'ALIENS , dans sa construction tout du moins et Fincher , de par sa vision particulière , apporte une ambiance unique relatant d'une singulière qualité de la saga : sa variété , l'interprétation du réalisateur à chaque fois différente . J'aimerais aussi dire que hr giger n'a pas participé aux designs dans ALIENS , c'est par contre lui qui confectionera l'alien quadripède du 3 .
    D'un point de vue purement subjectif , le troisième film est le meilleur du fait de la sombre et oppressante ambiance imposée par fincher , des rebondissements scénaristiques et de la singularité de la réalisation qui , par opposition aux deux premiers ( bien qu'incroyables ) sort des sentiers battus et propose quelque chose de nouveau en plus d'être d'une remarquable qualité .
    Je n'aime cependant pas ALIENS reconnaissant malgré tout le talent de james cameron et sa réussite .La raison est la suivante : je ne vois pas l'intérêt de mettre une créature aussi charismatique que le terrifiant xenomorphe pour qu'elle se fasse péter par paquets de 10 contre un seul marines ; je ne retrouve pas cette impression de puissance qui m'a tant marqué dans le huitième passager et qui me marquera plus tard devant le film de fincher . Les aliens , bien que travaillant en groupe avec un esprit commun de ruche sont beaucoup moins intelligents que dans le premier .
    J'espère pouvoir enrichir et approfondir mon propos lorsque j'aurais le temps sur ordinateur , en attendant bravo et merci pour ton travail , ça fait plaisir de voir des gens avec du savoir comme toi qui le partagent ...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Magie : L'Enclume de la Forge

Les Factions : L'Enclume de la Forge

Mythes : L'Enclume de la Forge